4,9/5 sur 53 avis ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Scope 3 et appels d’offres : quels impacts sur les métiers achats ?

Scope 3 et appels d’offres : quels impacts sur les métiers achats ?

Achats

29.7.2026

Nous décryptons comment le Scope 3 redéfinit les compétences recherchées dans l'industrie et la commande publique.

Recrutez vos experts Supply Chain, Achats et Opérations !
Containers représentant la logistique des achats et de la supply chain

Prix, qualité, délai, fiabilité : le socle historique des appels d'offres s'élargit. Le Scope 3, c'est à dire les émissions liées aux fournisseurs, devient un critère de sélection à part entière dans l'industrie. Un cabinet de recrutement supply chain et décarbonation comme Lynkus observe ce mouvement redéfinir les profils recherchés par les entreprises.

Scope 3 : pourquoi la maîtrise des émissions fournisseurs devient un critère de sélection dans les appels d'offres

Introduction : le carbone entre dans la décision d'achat

Du triptyque coût qualité délai à une performance élargie

Pendant longtemps, un appel d'offres se jouait sur quatre variables : le prix, la qualité, le délai et la fiabilité du fournisseur. Ce socle reste valable, mais il ne suffit plus à décrire la réalité des consultations dans l'industrie. Un cinquième critère progresse discrètement dans les cahiers des charges : la performance carbone de l'offre et du fournisseur qui la porte.

Ce mouvement touche en priorité les secteurs à forte intensité matière, énergie ou transport : métallurgie, plasturgie, électronique, construction, équipements industriels, logistique. Dans ces filières, une part significative de l'empreinte carbone d'un produit ne se joue pas chez le donneur d'ordre, mais chez ses fournisseurs et sous traitants.

Pourquoi le sujet dépasse la RSE

Le Scope 3 n'est pas qu'une affaire de reporting extra financier ou de communication institutionnelle. Il touche directement la compétitivité commerciale. Un fournisseur incapable de documenter ses émissions peut se voir écarté d'un appel d'offres, non par principe, mais parce que le donneur d'ordre doit lui même rendre des comptes sur sa propre empreinte carbone. Le sujet engage donc la conformité, le risque fournisseur, les coûts futurs et, in fine, la capacité à gagner ou conserver des marchés.

La question centrale de cet article est simple : pourquoi et comment les émissions fournisseurs deviennent elles un élément de sélection dans les appels d'offres ? Chez Lynkus, cabinet de recrutement spécialisé en achats, supply chain et industrie, ce mouvement se lit aussi dans les profils que les entreprises cherchent à recruter.

Scope 3 : comprendre pourquoi les fournisseurs sont au cœur du sujet

Rappel simple : Scope 1, Scope 2 et Scope 3

Le GHG Protocol, référentiel international de comptabilité carbone, distingue trois périmètres. Le Scope 1 regroupe les émissions directes de l'entreprise, liées à ses propres installations et véhicules. Le Scope 2 couvre les émissions indirectes associées à l'énergie achetée, principalement l'électricité. Le Scope 3 rassemble toutes les autres émissions indirectes, situées en amont et en aval de la chaîne de valeur : achats de biens et services, transport, déplacements professionnels, usage des produits vendus, fin de vie.

Encadré : Scope 1, 2, 3, l'essentiel en 30 secondes

  • Scope 1 : émissions directes de l'entreprise (sites, véhicules, procédés).
  • Scope 2 : émissions liées à l'énergie achetée (électricité, chaleur, vapeur).
  • Scope 3 : émissions indirectes de la chaîne de valeur, en amont (achats, transport, sous traitance) et en aval (usage, fin de vie).
  • Le Scope 3 est réparti par le GHG Protocol en quinze catégories, dont la première, les biens et services achetés, concentre souvent la part la plus lourde pour un industriel.

Les achats alimentent le bilan carbone du donneur d'ordre

Le mécanisme est direct. Acheter une matière première, un composant, une prestation de transport ou un service revient à faire entrer une partie de l'empreinte carbone du fournisseur dans le Scope 3 du client. Autrement dit, la performance environnementale d'un fournisseur n'est plus seulement son affaire : elle devient un élément constitutif du bilan carbone de celui qui l'a sélectionné.

Pourquoi les secteurs industriels sont particulièrement concernés

Certains postes concentrent naturellement une part importante des émissions Scope 3 d'un industriel : l'acier et l'aluminium, les plastiques et polymères, les composants électroniques, les emballages, le transport amont et aval, la sous traitance de production, la construction et le second œuvre, le numérique industriel, ainsi que la gestion de fin de vie des équipements. Un fabricant qui achète des tôles, des câbles ou des enveloppes techniques porte, sans toujours le mesurer précisément, une part de l'empreinte carbone de ses fournisseurs de matières.

Pourquoi les appels d'offres évoluent

Les donneurs d'ordre doivent réduire leur propre Scope 3

Une entreprise engagée dans une trajectoire de décarbonation ne peut pas se contenter d'agir sur ses propres sites. Si le Scope 3 représente, selon le GHG Protocol, la part la plus importante des émissions totales dans de nombreux secteurs, alors la seule façon de progresser réellement consiste à agir sur les achats les plus émetteurs. Le choix des fournisseurs devient un levier de pilotage climatique, au même titre que l'efficacité énergétique des sites.

Des attentes réglementaires, clients et financières plus fortes

Le cadre évolue de façon tangible en France. La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a fait des objectifs de développement durable des principes directeurs de la commande publique, au même titre que la libre concurrence. Son article 35 impose désormais un critère environnemental dans les marchés publics, avec une entrée en vigueur complète au 21 août 2026. Le code de la commande publique permet même, dans certains cas, d'écarter un candidat qui ne respecterait pas son obligation légale de bilan d'émissions de gaz à effet de serre.

Au delà du secteur public, la CSRD et sa norme ESRS E1 imposent aux grandes entreprises de publier leurs émissions Scope 3 pour les catégories jugées significatives. Cette obligation se répercute mécaniquement sur les fournisseurs, sollicités pour fournir des données fiables. À cela s'ajoutent les exigences croissantes des grands comptes privés, la pression des investisseurs et la structuration progressive des politiques d'achats responsables. Ces tendances sont réelles et documentées, sans qu'il faille pour autant présenter chaque évolution réglementaire comme définitivement figée.

Le carbone devient un facteur de différenciation commerciale

Concrètement, les exigences carbone prennent des formes variées selon les consultations : un questionnaire RSE ou carbone à compléter, un mémoire technique dédié, une demande de bilan gaz à effet de serre, une estimation des émissions associées à l'offre elle même, un plan de réduction chiffré, une variante bas carbone proposée en option, une clause de progrès pendant l'exécution du contrat, ou encore un critère de notation pondéré dans la grille d'évaluation. Un fournisseur qui maîtrise ces formats gagne un avantage réel face à des concurrents qui les découvrent au moment de répondre.

Ce que les acheteurs attendent réellement des fournisseurs

Des données carbone cohérentes et transparentes

Un acheteur qui reçoit une donnée carbone attend qu'elle soit exploitable. Cela suppose un périmètre clairement défini, une année de référence identifiée, une méthode explicite, des hypothèses documentées, les postes d'émission couverts et les limites de l'exercice. Une donnée sans méthode ni périmètre n'est pas une donnée carbone, c'est une affirmation.

UnN bilan entreprise ne suffit pas toujours

Il faut distinguer deux niveaux. D'un côté, l'empreinte carbone globale de l'entreprise fournisseuse. De l'autre, l'empreinte spécifique du produit, de la prestation ou du contrat concerné par l'appel d'offres. Un fournisseur peut afficher une démarche RSE solide au niveau du groupe, tout en étant incapable de dire précisément combien pèse, en carbone, la prestation qu'il propose. Or c'est souvent cette donnée précise que l'acheteur recherche pour comparer des offres entre elles.

Un plan de réduction crédible et mesurable

Un plan de réduction sérieux comporte des objectifs chiffrés, des échéances réalistes, des leviers identifiés poste par poste, des responsables nommés, des indicateurs de suivi et des preuves de progrès déjà engagé. Une intention affichée sans ces éléments reste une déclaration d'intention, pas un plan.

Des variantes bas carbone utiles à l'acheteur

Un fournisseur qui sait proposer des alternatives concrètes se distingue nettement : matières moins carbonées, matières recyclées incorporées, optimisation énergétique du procédé, transport moins émetteur, réduction du volume d'emballage, écoconception du produit, réemploi ou réparation, logique d'économie circulaire, relocalisation pertinente ou optimisation des flux logistiques. Ces propositions transforment une contrainte carbone en argument commercial.

Comment intégrer le critère carbone dans la sélection fournisseur

Prioriser les familles d'achats qui comptent vraiment

Il serait contre productif de demander le même niveau de détail carbone à tous les fournisseurs, quel que soit le montant ou la nature de l'achat. La priorisation doit s'appuyer sur le volume d'achat, l'intensité carbone connue de la famille de produits, le risque fournisseur, le poids des matières premières, l'importance du transport, la valeur du contrat et son caractère stratégique.

Comparer la maturité carbone, pas seulement les émissions absolues

Un fournisseur ne doit pas être pénalisé mécaniquement parce que son activité est, par nature, intensive en carbone. La sidérurgie ou la chimie de base ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre qu'un prestataire de services. L'acheteur avisé évalue donc la qualité des données transmises, la transparence de la démarche, les actions déjà engagées, la trajectoire de progrès dans le temps et la pertinence des alternatives proposées, plutôt que le seul chiffre brut d'émissions.

Construire une grille d'évaluation équilibrée

Le critère carbone doit être pondéré selon l'objet réel du marché et son impact environnemental, sans qu'il existe de pourcentage universel applicable à tous les contextes. L'essentiel est de conserver une lecture globale de l'offre : coût complet sur la durée du contrat, qualité, disponibilité, continuité d'approvisionnement, capacité d'innovation, risques identifiés et empreinte carbone. Le carbone s'ajoute aux critères existants, il ne les remplace pas.

Éviter le greenwashing dans les réponses fournisseurs

Encadré : les 5 erreurs qui fragilisent une réponse carbone

  1. Des objectifs annoncés sans aucun chiffrage précis.
  2. Une absence de périmètre clairement défini pour les données transmises.
  3. Des promesses de réduction sans méthode ni plan d'action associé.
  4. Une confusion entre compensation carbone et réduction réelle des émissions.
  5. Des labels mis en avant sans lien direct avec la prestation concernée, ni preuve de suivi dans le temps.

Les conséquences pour les équipes achats, supply chain et industrie

Le métier d'acheteur évolue

L'acheteur n'a pas vocation à devenir un expert climat. Il doit en revanche savoir identifier les postes d'achat sensibles au carbone, poser les bonnes questions lors du sourcing, interpréter correctement les réponses fournisseurs, intégrer un critère carbone cohérent dans la consultation, négocier des plans de progrès avec ses fournisseurs, et arbitrer en continu entre coût, risques, performance et décarbonation.

Une collaboration renforcée entre achats, RSE, supply chain et industrie

Ce sujet ne peut pas rester isolé dans une direction RSE. Les achats pilotent le sourcing, la consultation, la contractualisation et la relation fournisseur. La RSE apporte la méthodologie, les indicateurs et la cohérence avec la trajectoire climat de l'entreprise. La supply chain gère les flux, le transport et le schéma logistique. L'industrie agit sur les procédés, les matières, l'énergie et l'écoconception. La finance raisonne en coût total et arbitre les investissements. Les équipes data collectent, fiabilisent et pilotent l'ensemble de ces informations.

La donnée fournisseur devient stratégique

Référentiel fournisseur, questionnaires carbone, données produits, traçabilité, preuves documentaires, tableaux de bord de suivi contractuel : tous ces éléments prennent une importance nouvelle. Ce mouvement rejoint une dynamique plus large de digitalisation des fonctions achats et supply chain, où la qualité de la donnée devient un actif à part entière.

Les difficultés à anticiper

Des fournisseurs à des niveaux de maturité très différents

PME, ETI, sous traitants locaux, fournisseurs internationaux : tous ne disposent pas des mêmes ressources ni du même niveau de mesure carbone. Une posture constructive consiste à accompagner la montée en maturité de la chaîne de valeur, plutôt qu'à ériger des barrières administratives qui excluraient de bons fournisseurs simplement parce qu'ils démarrent leur démarche.

Le risque de surcharge administrative

Multiplier les questionnaires sans hiérarchisation crée de la charge sans valeur ajoutée, aussi bien pour les fournisseurs que pour les acheteurs qui doivent ensuite traiter ces réponses. La solution passe par la standardisation des demandes, leur hiérarchisation selon le poids carbone réel de l'achat, et une adaptation du niveau d'exigence à la taille et à la maturité du fournisseur.

Les arbitrages entre prix, résilience et décarbonation

Une solution bas carbone peut impliquer un coût d'achat initial supérieur, une disponibilité différente ou des risques industriels spécifiques. L'enjeu n'est pas de choisir systématiquement l'option la moins carbonée, mais de raisonner en coût global, en risque à long terme, en performance et en continuité d'approvisionnement.

Exemple concret Deux fournisseurs répondent au même appel d'offres pour la fourniture d'un composant industriel. Le premier propose le prix le plus bas, mais sa matière première est fortement carbonée, son schéma logistique n'a pas été optimisé et il ne fournit aucune donnée carbone exploitable. Le second propose un prix légèrement supérieur, mais utilise une matière moins carbonée, a optimisé son transport amont et présente un plan de réduction chiffré avec des jalons de suivi. En raisonnant en coût complet et en risque, le second dossier devient souvent le choix le plus solide, en particulier si le donneur d'ordre doit lui même documenter son Scope 3 auprès de ses propres clients ou dans le cadre de ses obligations réglementaires.

Comment les entreprises peuvent se préparer dès maintenant

Cartographier les émissions liées aux achats

Une démarche progressive en cinq étapes permet d'avancer sans se disperser :

  1. Identifier les principales familles d'achats de l'entreprise.
  2. Repérer les catégories les plus émettrices ou les plus risquées.
  3. Croiser dépenses, volumes, matières, transport et criticité fournisseur.
  4. Prioriser les fournisseurs à engager en premier.
  5. Définir des données simples, réalistes et utiles à collecter.

Formaliser un questionnaire fournisseur proportionné

Encadré : appel d'offres, les 7 éléments qu'un fournisseur doit pouvoir fournir

  1. Un bilan gaz à effet de serre existant, ou à défaut une estimation méthodique.
  2. Le périmètre et l'année de référence couverts par ce bilan.
  3. La méthode de calcul utilisée.
  4. Une estimation des émissions liées spécifiquement à l'offre proposée.
  5. Des objectifs de réduction chiffrés.
  6. Les actions déjà engagées et leurs résultats.
  7. Des alternatives bas carbone disponibles, avec leurs conditions de mise en œuvre.

Faire du contrat un outil de progrès

Une fois le marché attribué, le contrat peut devenir un outil de pilotage dans la durée : revues fournisseurs régulières, indicateurs carbone suivis conjointement, objectifs de progression fixés dans le temps, mise à jour périodique des données, et dynamique d'innovation partagée entre acheteur et fournisseur plutôt qu'imposée unilatéralement.

Conclusion : le Scope 3 transforme les compétences recherchées

Du reporting carbone à la performance opérationnelle

Le Scope 3 ne se joue pas dans un tableur isolé au sein d'une direction RSE. Il se joue concrètement dans le sourcing, la rédaction des cahiers des charges, le choix des matériaux, l'organisation des flux logistiques, la qualité de la relation fournisseur et les arbitrages industriels du quotidien.

Les entreprises ont besoin de profils hybrides

Les organisations recherchent désormais des professionnels capables de croiser plusieurs compétences à la fois : maîtrise des achats ou de la supply chain, compréhension fine des contraintes industrielles, aisance avec la donnée, qualité de la relation fournisseur, culture RSE et décarbonation, et capacité réelle à conduire le changement dans des équipes habituées à d'autres priorités.

Conclusion

Chez Lynkus, nous observons que la décarbonation des achats et de la supply chain fait évoluer les compétences attendues par nos clients industriels. Les entreprises ne recherchent plus uniquement des acheteurs ou des responsables supply chain capables de négocier et de sécuriser leurs flux. Elles recherchent des profils capables d'intégrer les enjeux carbone dans la décision, de mobiliser leurs fournisseurs autour d'objectifs communs, et de transformer cette contrainte en véritable levier de compétitivité.

Identifier, recruter et faire grandir ces talents devient un enjeu stratégique pour les entreprises industrielles qui veulent rester compétitives sur leurs marchés et dans leurs appels d'offres.

Le Scope 3 est il obligatoire pour toutes les entreprises ?
Non. L'obligation de publication détaillée du Scope 3 concerne principalement les grandes entreprises soumises à la CSRD et à sa norme ESRS E1, pour les catégories jugées significatives. Les PME et ETI sont de plus en plus sollicitées indirectement, via les questionnaires de leurs clients.
Un fournisseur sans bilan carbone peut il encore répondre à un appel d'offres ?
Dans la plupart des cas, oui, surtout si le critère carbone n'est qu'une composante parmi d'autres de la notation. En revanche, l'absence de données peut désavantager l'offre face à des concurrents mieux préparés, et certains marchés publics prévoient des cas d'exclusion précis liés à l'obligation légale de bilan gaz à effet de serre.
Comment un acheteur doit il comparer des fournisseurs aux activités différentes ?
En évaluant la maturité de la démarche carbone plutôt que le seul niveau d'émissions absolues : qualité des données, transparence, actions engagées, trajectoire de progrès et pertinence des alternatives proposées, en tenant compte de la nature de l'activité du fournisseur.
Le critère carbone va t il faire grimper les coûts d'achat ?
Pas systématiquement. Une offre plus performante en carbone peut avoir un coût d'acquisition légèrement supérieur, mais s'avérer plus avantageuse en coût complet, notamment grâce à une meilleure maîtrise des risques et une continuité d'approvisionnement renforcée.
Recrutez vos experts Supply Chain, Achats et Opérations !
Containers représentant la logistique des achats et de la supply chain
logo lynkus